Loin du parcours classique de médecine, Raphaël Rodriguez est devenu l’un des chercheurs les plus influents dans la lutte contre le cancer. Son objectif ? Détruire les cellules métastatiques, responsables de 70 % des décès liés au cancer. Un défi scientifique immense qu’il relève avec des outils… de chimiste.
Un destin réorienté
Raphaël Rodriguez a échoué à sa première année de médecine. Pourtant, au lieu d’abandonner son rêve de sauver des vies, il a pris un virage stratégique : celui de la chimie. Il explique avec une pointe d’humour que, contrairement à son frère anesthésiste-réanimateur qui soigne quelques patients par jour, lui pourrait en sauver des millions avec une seule molécule efficace.
« Si mes molécules fonctionnent, ce sera dix ou cent fois plus de vies sauvées. »
Ce choix audacieux l’a mené jusqu’à l’Institut Curie, où il dirige aujourd’hui une équipe de recherche au CNRS, spécialisée dans la biologie chimique du cancer.
Le combat contre les métastases
En cancérologie, les traitements ciblent souvent la tumeur primaire. Mais ce sont les métastases – ces cellules cancéreuses qui migrent vers d’autres organes – qui tuent dans 7 cas sur 10. Les chercheurs peinent encore à les contrôler. C’est ce problème que Raphaël Rodriguez a décidé de prendre à bras-le-corps.
Ses recherches portent sur le rôle des métaux, notamment le fer, dans la plasticité cellulaire et la survie des cellules cancéreuses. Son équipe a découvert que certaines cellules métastatiques développent une véritable « dépendance au fer » pour survivre et se multiplier.
Une découverte majeure : la ferroptose
En exploitant cette vulnérabilité, Rodriguez a mis au point une nouvelle classe de molécules capables d’induire une ferroptose – une forme spécifique de mort cellulaire induite par l’oxydation lipidique. Sa molécule phare, la fentomycine (Fento-1), a montré des résultats prometteurs dans des modèles précliniques de cancers du sein métastatiques.
🔬 Cette molécule a réduit la croissance tumorale et détruit des cellules de cancers du pancréas et de sarcomes, prélevées chez des patients.
👉 En savoir plus sur cette avancée :
Communiqué Inserm – Fento-1 et les cellules résistantes
Une reconnaissance internationale
Ces travaux ont été publiés dans la revue Nature, une des plus prestigieuses au monde. Pour ses contributions, Raphaël Rodriguez a reçu plusieurs distinctions, dont :
- La médaille d’argent du CNRS en 2024
- Le Prix Liliane Bettencourt pour les sciences du vivant en 2023
👉 Son profil sur l’Institut Curie :
https://curie.fr/personne/raphael-rodriguez
Une nouvelle ère de la recherche clinique ?
L’approche de Rodriguez montre comment la recherche fondamentale peut ouvrir la voie à des solutions thérapeutiques cliniques innovantes. Ses travaux pourraient prochainement entrer en phase d’essais cliniques, offrant de nouveaux espoirs aux patients atteints de cancers avancés.
Pour aller plus loin :
- Nature – Fento-1 : A ferroptosis-inducing compound against metastases (en anglais)
- Interview dans Sciences & Avenir – « La chimie peut sauver plus de vies que la médecine » (accès abonné)
🎓 Conclusion
Raphaël Rodriguez incarne une vision moderne et interdisciplinaire de la recherche clinique. En alliant chimie, biologie et cancérologie, il ouvre de nouvelles perspectives pour combattre l’une des formes les plus redoutables du cancer : les métastases. À suivre de très près.

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